L’Église catholique est-elle l’Église fondée par Jésus-Christ ?
Jésus n’a pas laissé un simple livre à ses disciples en leur demandant de se débrouiller : il a voulu fonder une Église, lui donnant à la Pentecôte le pouvoir d’enseigner (« Allez dans toutes les nations, proclamez l’Évangile », Mt 28,19) et lui promettant l’Esprit Saint pour la garder dans la vérité. Il a voulu qu’elle soit une (Jn 17,21) et qu’elle subsiste jusqu’à la fin des temps (Mt 28,20). Or une Église « une » qui traverse les siècles suppose une autorité capable de trancher entre le vrai et le faux : l’Épître à Timothée l’appelle « colonne et fondement de la vérité » (1 Tm 3,15).
Le protestantisme, qui rejette toute autorité infaillible en dehors de l’Écriture seule, peine à produire cette unité : calvinistes, luthériens, baptistes et pentecôtistes restent profondément divisés sur les sacrements, le salut, la présence réelle ou la prédestination, alors que chacun prétend se fonder sur la même Bible. Cela montre que l’Écriture seule, sans autorité pour en garantir l’interprétation, ne suffit pas à préserver l’unité de foi voulue par le Christ, une difficulté que reconnaissent d’ailleurs volontiers de nombreux théologiens protestants eux-mêmes, sans pour autant en tirer les mêmes conclusions ecclésiologiques que les catholiques.
Historiquement, l’Église est catholique dès son origine. Dès 107, saint Ignace d’Antioche, qui a connu les apôtres, écrit aux Smyrniotes : « Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Église catholique. » Il emploie ce mot sans l’expliquer, preuve qu’il était déjà reçu par ses lecteurs, bien avant Constantin, contrairement à une idée reçue selon laquelle le catholicisme institutionnel serait une invention tardive de l’Empire romain christianisé. Au siècle suivant, saint Irénée de Lyon, disciple de Polycarpe lui-même disciple de saint Jean, atteste que les évêques sont bien les successeurs des apôtres, et rappelle que « chaque Église doit rester en communion avec l’Église de Rome ».
Enfin, Jésus a fondé son Église sur la personne de Pierre en particulier : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux » (Mt 16,17-20), une image qui reprend directement l’autorité du grand intendant royal d’Isaïe 22,22. Dans l’Évangile de Luc, Jésus prie aussi pour que la foi de Pierre « ne défaille pas », afin qu’il puisse « confirmer ses frères » (Lc 22,31-32), fondement de l’infaillibilité que la tradition catholique reconnaît à ses successeurs sur les questions définitives de foi et de morale, une infaillibilité qui n’est pas propre à l’Église en elle-même mais entièrement déléguée par le Christ et strictement limitée aux définitions solennelles engageant l’ensemble des fidèles.
Cette continuité institutionnelle, documentée sans interruption depuis Pierre jusqu’au pape actuel, distingue l’Église catholique de toute communauté chrétienne née après le XVIe siècle, et même des Églises orthodoxes qui, tout en conservant une succession épiscopale valide selon l’enseignement catholique lui-même, ont rompu la communion avec le siège de Rome précisément sur la question de cette primauté pétrinienne, sans pour autant renoncer à leur propre lecture de la Tradition apostolique commune aux deux traditions.
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