Petites questions de théologie sacramentelle et ecclésiologique
Le prêtre est-il « un autre Christ » lorsqu’il célèbre la messe ?
L’Église enseigne que le prêtre exerce son ministère in persona Christi, c’est-à-dire en la personne du Christ. Jésus le dit lui-même à ses disciples : « Celui qui vous écoute m’écoute, et celui qui vous rejette me rejette » (Lc 10,16), et après sa résurrection : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez les péchés, ils seront remis ; à qui vous les retiendrez, ils seront retenus » (Jn 20,22-23).
Que signifie l’expression « ex opere operato » ?
Ex opere operato signifie littéralement « par le fait même que l’action est accomplie ». Elle exprime que les sacrements confèrent la grâce lorsque le signe est valablement accompli, non en raison du mérite du ministre ou du bénéficiaire, mais par la puissance et la promesse de Dieu. Cela ne rend pas la réception de la grâce automatique pour autant : chez l’adulte, une disposition intérieure d’accueil reste nécessaire. Mais cette disposition n’est pas la cause de la grâce ; c’est Dieu lui-même qui agit à travers le sacrement, quelle que soit la sainteté personnelle du prêtre qui le célèbre.
Que veut dire le subsistit in de Lumen Gentium 8 ?
Subsister signifie « exister en tant que substance ». Le Concile Vatican II déclare : « Cette Église, comme société constituée et organisée en ce monde, c’est dans l’Église catholique qu’elle subsiste […] bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent hors de sa sphère. » Le cardinal Joseph Ratzinger l’expliquait ainsi en 2000 : le Concile a voulu affirmer à la fois que l’Église du Christ continue d’exister en plénitude dans la seule Église catholique, et que des éléments réels de sanctification et de vérité subsistent aussi hors de ses structures visibles, chez les chrétiens non catholiques, dont la force dérive cependant de la plénitude confiée à l’Église catholique (cf. CEC §846-848).
Le divorce est-il un péché lorsque le conjoint est violent ?
Non. Le Code de droit canonique le précise : « Un époux qui cause un grave danger pour l’âme ou pour le corps de l’autre conjoint ou des enfants […] donne à l’autre conjoint un motif légitime de se séparer » (CIC 1153). L’Église assimile alors le divorce civil demandé pour cause juste (sécurité personnelle, garde des enfants) à une séparation légale : la personne reste validement mariée et ne peut se remarier à l’Église sauf déclaration de nullité, mais le divorce civil lui-même, dans ce contexte, n’est pas un péché.
Le « péché impardonnable » : que signifie le blasphème contre l’Esprit Saint ?
« La miséricorde de Dieu est sans limites » (CEC §1864), et pourtant Jésus affirme que « quiconque blasphème contre le Saint-Esprit n’obtient jamais de pardon » (Mc 3,29). Le Catéchisme résout cette apparente contradiction : ce blasphème consiste à « refuser délibérément d’accueillir la miséricorde de Dieu par le repentir », un endurcissement qui peut conduire à l’impénitence finale (CEC §1864). Saint Jean-Paul II, dans son encyclique Dominum et Vivificantem, précise, en citant saint Thomas d’Aquin, qu’il ne s’agit pas d’offenser l’Esprit Saint en paroles, mais de refuser le salut qu’il offre par la puissance de la Croix. Il ne s’agit donc pas d’un péché qu’on pourrait commettre sans le vouloir, mais du refus final et délibéré du pardon lui-même.
Un mot sur les évangiles apocryphes
Les évangiles apocryphes sont beaucoup moins crédibles que les évangiles canoniques : ils n’ont pas été écrits par des témoins oculaires du Ier siècle, mais bien plus tard (fin du IIe siècle), loin de la Palestine. Ils dépeignent un Jésus méconnaissable : l’Évangile de Thomas (dans sa partie parfois appelée Évangile de l’Enfance, à distinguer du recueil de paroles gnostiques retrouvé à Nag Hammadi) montre un enfant Jésus tuant un camarade qui l’avait bousculé ; d’autres textes véhiculent des idées gnostiques étrangères au judaïsme palestinien du Ier siècle (aucun détail géographique fiable, aucune connaissance des coutumes juives d’avant 70). Même l’exégète athée Ernest Renan reconnaissait que les apocryphes n’étaient que de « plates et puériles amplifications » des évangiles canoniques, sans rien y ajouter de valable.
Qui a inventé le terme « catholique » ?
La première utilisation connue du mot remonte à une lettre de saint Ignace d’Antioche à saint Polycarpe et aux fidèles de Smyrne, écrite vers 110 apr. J.-C. : « Partout où paraît l’évêque, que là aussi soit la communauté, de même que partout où est le Christ-Jésus, là est l’Église catholique. » Ignace, disciple de saint Jean, ne prend pas la peine d’expliquer ce terme : c’est donc qu’il était déjà compris de ses lecteurs, preuve qu’il remontait à la seconde moitié du Ier siècle. Peu après son martyre à Rome, Ignace écrivait aussi aux chrétiens de la ville pour les dissuader d’empêcher son supplice : « Laissez-moi être la pâture des bêtes, par lesquelles il me sera possible de trouver Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour devenir un pur pain du Christ. »
Article initialement publié par Vaohw sur le serveur Discord de l'association, remis en forme par Ume.
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