Reliques

La Couronne d’épines

Par Ume 8 octobre 2026 3 min de lecture
Antonello da Messina (Antonello di Giovanni d'Antonio), Wikimedia Commons (CC0 (Met Open Access))

Parmi les objets les plus vénérés de l’Église catholique, la Couronne d’épines occupe une place à part. D’après la tradition chrétienne, des soldats romains l’ont tressée et posée sur la tête de Jésus lors de sa Passion, en signe de moquerie royale : « Salut, roi des Juifs ! » Ce cercle d’épines, aujourd’hui sans ses pointes et réduit à un anneau de joncs, symbolise l’humiliation et la souffrance du Christ.

L’histoire de cette relique commence à Jérusalem au IVe siècle, dans le contexte du développement du pèlerinage chrétien en Terre sainte : sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, aurait retrouvé sur place, au cours de son célèbre voyage rapporté par plusieurs sources anciennes, plusieurs instruments de la Passion du Christ, dont la Vraie Croix et cette Couronne d’épines. La Couronne fut ensuite vénérée pendant plusieurs siècles à Constantinople, où elle figurait parmi les reliques les plus prestigieuses conservées par les empereurs byzantins, avant qu’en 1238 le jeune roi de France saint Louis, futur Louis IX, alors engagé dans une politique active d’acquisition de reliques prestigieuses pour renforcer le prestige spirituel du royaume, ne l’achète à un prix considérable à l’empereur latin de Constantinople Baudouin II, alors dans une situation financière très précaire. Arrivée à Paris le 19 août 1239 après un long voyage escorté avec le plus grand soin, elle fut portée en grande procession solennelle jusqu’à la cathédrale Notre-Dame, le roi lui-même marchant pieds nus derrière la relique en signe d’humilité, puis fut déposée dans la Sainte-Chapelle du Palais royal, chef-d’œuvre architectural gothique spécialement construit par Louis IX pour l’abriter dignement.

Pendant la période révolutionnaire, marquée par une vague de déchristianisation systématique et la destruction ou le pillage de nombreux trésors religieux à travers tout le pays, les reliquaires précieux furent détruits ou fondus, mais la Couronne elle-même fut providentiellement sauvée et transférée en lieu sûr à la Bibliothèque nationale, où elle échappa à la destruction. En 1806, l’empereur Napoléon Ier, soucieux de réconcilier la nation avec ses traditions religieuses dans le cadre du Concordat conclu quelques années plus tôt avec le Saint-Siège, la rendit officiellement à l’archevêque de Paris, qui la déposa solennellement au trésor de la cathédrale Notre-Dame. Le 15 avril 2019, un incendie d’une ampleur considérable ravagea une grande partie de la cathédrale, détruisant notamment sa flèche emblématique ; la Couronne fut sauvée in extremis, au péril de leur propre vie, par le père Jean-Marc Fournier, aumônier des pompiers de Paris connu pour son sang-froid, et par les sapeurs-pompiers eux-mêmes qui pénétrèrent dans l’édifice en flammes pour l’extraire du trésor menacé. Elle a depuis retrouvé sa place solennelle à Notre-Dame après la longue reconstruction et la réouverture officielle de la cathédrale en décembre 2024, événement suivi avec une attention considérable par les catholiques du monde entier.

Aujourd’hui, la Couronne est exposée régulièrement chaque premier vendredi du mois ainsi que tous les vendredis du Carême, de 15h à 18h30 : les fidèles et visiteurs de passage peuvent ainsi venir la voir de près, se recueillir en prière devant elle, et méditer plus profondément sur le mystère pascal de la Passion du Christ qu’elle continue de rappeler à travers les siècles, malgré les nombreuses épreuves matérielles qu’elle a elle-même traversées au fil de sa longue histoire.

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