Notre-Dame de Pellevoisin et le scapulaire du Sacré-Cœur, 1876
Au début de l’année 1876, Estelle Faguette, alors âgée de trente-trois ans et employée comme gouvernante au château de Pellevoisin, dans le département de l’Indre, est mourante, victime simultanément d’une tuberculose pulmonaire avancée, d’une péritonite aiguë et d’une tumeur abdominale préoccupante : le médecin traitant, ayant épuisé toutes les ressources thérapeutiques disponibles à l’époque, ne lui donne plus que quelques heures à vivre tout au plus. Dans la nuit du 14 au 15 février, la Vierge lui apparaît pour la toute première fois d’une série qui en comptera au total quinze, chassant d’abord un démon apparu de façon menaçante au pied de son lit, puis la rassurant avec une grande douceur maternelle : « Tu n’as rien à craindre, Estelle, tu es ma fille. » Marie lui annonce alors qu’elle devra encore souffrir cinq jours supplémentaires, en l’honneur des cinq plaies du Christ en croix, avant d’être soit guérie soit rappelée à Dieu.
Le samedi suivant, conformément à l’annonce faite par la Vierge, Estelle est effectivement et instantanément guérie, à la stupéfaction du médecin traitant qui avait pourtant constaté lui-même la gravité extrême de son état quelques jours plus tôt. Dans les apparitions qui suivent, la Vierge évoque avec douceur mais fermeté les fautes passées de la jeune femme, l’invite à la patience et au renoncement, et lui confie une mission : faire connaître sa gloire, en dépit des obstacles et des moqueries qu’elle rencontrera. Elle se montre à plusieurs reprises tenant un scapulaire du Sacré-Cœur, orné d’un cœur transpercé, et demande à Estelle d’en présenter le modèle à son évêque pour qu’il en autorise la diffusion : « Voyez les grâces que je déverserai sur tous ceux qui le porteront avec confiance. »
Plusieurs des paroles rapportées par Estelle rappellent nettement celles d’autres apparitions mariales françaises de la même période troublée, comme celles de La Salette trente ans plus tôt : « Je ne puis plus retenir le bras de mon Fils » ; « la France devra souffrir. » Ces avertissements répétés, communs à plusieurs apparitions du XIXe siècle français, s’inscrivent dans un contexte historique marqué par la défaite de 1870, la perte de l’Alsace-Moselle et les tensions croissantes entre l’Église et l’État sous la Troisième République naissante. La dernière apparition de cette série a lieu le 8 décembre 1876, en la fête de l’Immaculée Conception. Estelle Faguette, qui consacra le reste de sa longue vie à la diffusion fidèle du message reçu malgré les réticences initiales de certaines autorités ecclésiastiques, meurt à Pellevoisin le 23 août 1929, à l’âge avancé de quatre-vingt-six ans, après plus d’un demi-siècle passé au service de cette dévotion.
La dévotion au scapulaire du Sacré-Cœur, née directement de ces apparitions, a reçu au fil des décennies suivantes la reconnaissance progressive de l’autorité diocésaine compétente, le sanctuaire de Pellevoisin demeurant aujourd’hui un lieu de pèlerinage marial actif, quoique moins fréquenté que d’autres sanctuaires français plus célèbres comme Lourdes ou Lisieux, mais fidèlement entretenu par les fidèles attachés à ce message de confiance filiale envers le Sacré-Cœur de Jésus.
Source : dossier du sanctuaire Notre-Dame de Pellevoisin.
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