L’amitié, chemin vers Dieu
« Un ami aime toujours. » Pour Aelred de Rievaulx, l’amitié ne reste pas enfermée dans les sentiments humains : elle ouvre sur l’éternité, et conduit jusqu’au Christ.
Dans son traité De l’amitié spirituelle, saint Aelred de Rievaulx (1110-1167) relie l’amitié au « Seigneur des vertus ». Chez lui, l’amitié ne demeure jamais enfermée dans les limites étroites des sentiments humains : elle ouvre une profondeur où l’homme peut entrevoir quelque chose de l’éternité. Découvrons-la avec ce grand ami de la Vierge Marie.
« Un ami aime toujours »
« L’ami aime toujours. »
Il n’a donc jamais été un véritable ami, celui qui a pu blesser quelqu’un après l’avoir admis dans son amitié ; et d’autre part, il n’a jamais connu les vraies joies de l’amitié, celui qui, ayant aimé, cesse d’aimer parce qu’il se sent blessé.
« Un ami aime toujours. » Même combattu, blessé, livré aux flammes, même cloué à la croix, « un ami aime toujours ».
Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle
Le Seigneur qui donne les vertus
Pour Aelred, l’amitié véritable a partie liée avec Dieu, source de toute vertu. C’est pourquoi le christianisme l’a rendue, en un sens, plus commune :
Les vrais amis furent rares parmi les païens parce qu’ils ne connaissaient pas le Seigneur qui donne les vertus : « Le Seigneur des vertus, c’est lui le roi de gloire » (Ps 23, 10). Parmi les croyants, ce n’est pas de trois ou quatre amis qu’il faut parler, mais de milliers. Les païens regardent l’amitié d’Oreste et de Pylade comme un phénomène exceptionnel, mais c’est par milliers que des chrétiens étaient prêts à mourir les uns pour les autres.
Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle
La charité est pour tous, l’amitié est autre chose
La loi de la charité nous commande d’aimer non seulement nos amis mais encore nos ennemis. Or, nous ne révélons facilement notre cœur et ses secrets qu’à nos amis, qui, de leur côté, manifestent la même confiance à notre égard.
Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle
Quand le nom d’amitié est usurpé
Mais beaucoup de ceux qui vivent dans le vice, me direz-vous, se lient par un lien semblable et trouvent leur plus grand plaisir dans une telle amitié. Ceux-là couvrent du beau nom d’amitié ce qui n’est que connivence dans le vice. Celui qui fait le mal n’aime pas, mais il hait son âme (Ps 10, 6) ; or celui qui n’aime pas son âme, comment aimera-t-il l’âme d’autrui ?
Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle
Aelred distingue alors trois sortes d’amitié :
L’amitié charnelle n’est pas le fruit d’un choix délibéré, elle n’est pas mise à l’épreuve, car la raison n’a rien à y voir. L’impétuosité de la passion fait perdre toute mesure, sans souci de l’honnêteté. L’amitié mondaine est sujette aux variations de la situation ou de la fortune de l’ami. L’ami de la prospérité n’est l’ami de personne : le succès le retient, les revers le font fuir.
L’amitié spirituelle, la seule vraie, n’a aucun profit temporel en vue. Elle n’a pas de cause en dehors d’elle-même. Le cœur humain la désire instinctivement pour sa propre valeur. Son fruit et sa récompense ne sont autre qu’elle-même. Le Seigneur ne dit-il pas : « Je vous ai choisis pour que vous alliez et que vous portiez beaucoup de fruit » (Jn 15, 16), c’est-à-dire que vous vous aimiez les uns les autres ?
Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle
Un degré vers l’amour de Dieu
Pour ceux que l’amitié unit étroitement, tout n’est plus que joie, assurance, charme et douceur. Or tout cela commence dans le Christ, progresse grâce au Christ et trouve sa perfection en lui. Et du Christ inspirateur de mon amitié pour quelqu’un, je m’élève jusqu’au Christ qui m’offre son amitié. Rien n’est difficile en cela : c’est un élan de l’âme qui suit un élan de l’âme.
Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle
Troisième article d’une série de quatre consacrée à saint Aelred de Rievaulx. Précédemment : Choisir un ami, et l’éprouver et Quand une amitié se rompt. Prochain article : « Convoitise, impatience, impureté : trois impasses et une issue ».
Article rédigé par Trinity, remis en forme par Ume.
Sources
- Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle, dans Saint Aelred de Rievaulx, Éditions du Soleil levant, 1960, p. 169-174 (extraits choisis par Françoise Breynaert).
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