Spiritualité

Choisir un ami, et l’éprouver

Pour Aelred de Rievaulx, moine anglais du XIIe siècle, l’amitié n’est ni un hasard ni un coup de cœur : elle se choisit, se met à l’épreuve, puis se garde.

Par Ume 16 octobre 2026 5 min de lecture
Vitrail de la Visitation, Allemagne, 1444, The Metropolitan Museum of Art (CC0)

Saint Aelred de Rievaulx a une grande sagesse lorsqu’il s’agit de contempler l’une des plus belles aventures de l’existence humaine : l’amitié. Il ne la considère ni comme un simple hasard des rencontres, ni comme un sentiment livré aux mouvements changeants du cœur. Dans son traité De l’amitié spirituelle, il explique que l’amitié est un choix, mais aussi une relation qu’il convient d’éprouver, car ce qui unit véritablement deux êtres ne saurait être abandonné à la seule impulsion du moment.

Qui était Aelred de Rievaulx ?

Aelred de Rievaulx (1110-1167) fut l’une des grandes figures spirituelles de son temps. Surnommé le « saint Bernard anglais », il compte parmi les cisterciens les plus influents de l’Angleterre du XIIe siècle. Élevé à la cour du roi David Ier d’Écosse, il choisit ensuite la vie monastique et devint en 1147 abbé de Rievaulx, première abbaye cistercienne du nord de l’Angleterre, fondée en 1132 par des moines venus de Clairvaux.

Reconnu pour ses qualités pastorales, mais aussi pour ses talents d’éducateur et de formateur, il laissa une œuvre considérable, trace durable de sa pensée et de sa vie intérieure : de nombreux sermons, nourris de saint Paul et de saint Augustin, un dialogue sur L’Amitié spirituelle inspiré de Cicéron, et deux traités de vie spirituelle : Le Miroir de la charité, écrit à la demande de saint Bernard, et La Vie de recluse, composé pour sa sœur. On l’appelle volontiers le « docteur de la charité et de l’amitié ».

Dom Anselme Le Bail le range parmi les « quatre évangélistes de Cîteaux », avec saint Bernard de Clairvaux et les bienheureux Guillaume de Saint-Thierry et Guerric d’Igny : la première génération des auteurs spirituels cisterciens. Il est fêté le 12 janvier, dans l’Église catholique comme dans l’Église anglicane.

Le cœur humain désire l’amitié

L’amitié spirituelle, la seule vraie, n’a aucun profit temporel en vue. Elle n’a pas de cause en dehors d’elle-même. Le cœur humain la désire instinctivement pour sa propre valeur. Son fruit et sa récompense ne sont autre qu’elle-même.

L’amitié doit être stable et durer toujours. Elle est une image de l’éternité. Aussi ne devons-nous pas changer d’amis au gré de nos caprices, comme font les enfants. Personne n’est plus haïssable que celui qui ne respecte pas l’amitié. Rien ne tourmente plus le cœur que d’être abandonné ou attaqué par un ami. Il importe donc de mettre le plus grand soin au choix d’un ami.

Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle

Choisir un ami, en tenant compte de ses défauts

Aelred ne cherche pas un ami parfait. Il met en garde contre quelques défauts qui rendent l’amitié difficile, mais n’en conclut pas qu’il faille écarter ceux qui en souffrent :

Certains défauts rendent ceux qui en sont affligés incapables de respecter les lois et les droits de l’amitié. Il ne faut donc pas facilement accorder son amitié aux colériques, aux instables, aux soupçonneux et aux bavards.

Si leurs manières et leur conduite nous plaisent par ailleurs, il faut essayer de les guérir et de les rendre aptes à l’amitié. Il n’est certes pas facile de trouver quelqu’un qui ne soit souvent sous l’empire de ces passions. Un grand nombre cependant les dominent : ils répriment la colère par la patience, s’entraînent à une constante gravité pour combattre la légèreté, dissipent leurs soupçons en pensant plutôt aux témoignages d’affection, et mettent un frein à leur langue en lui imposant le silence. Je les préférerais même comme amis, car par la lutte qu’ils font à leurs défauts, ils se sont exercés à la vertu.

Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle

Car l’être humain est rarement délivré de toutes ses passions : il demeure souvent partagé entre ce qu’il voudrait être et ce qu’il est encore.

Quatre qualités à éprouver chez un ami

Avant d’accorder sa confiance, Aelred invite à vérifier quatre choses :

  • La fidélité. Elle est indispensable : c’est elle qui te permettra de t’ouvrir à lui en toute sécurité.
  • Une intention droite. Elle ne doit avoir en vue que Dieu et le bien même de l’amitié.
  • Un bon jugement. Il le fera agir à bon escient, au moment et à l’endroit opportuns.
  • La patience. Elle doit être éprouvée elle aussi : qu’il ne se plaigne pas d’être repris, qu’il ne prenne pas de haut celui qui lui fait une remarque, et qu’il sache supporter des ennuis pour son ami.

Garder l’ami qu’on a choisi

Une fois l’ami choisi, une fois éprouvée la solidité du lien, vient le temps de le garder. Car l’amitié véritable ne consiste pas seulement à trouver une présence dans laquelle se reconnaître : elle demande à être nourrie, protégée et offerte comme un bien vivant.

Nous le favoriserons de nos bienfaits tout en ne perdant jamais de vue son vrai bien. L’affection que nous lui témoignerons le fera participer à notre bonheur intime. La confiance nous permettra de lui révéler nos secrets et nos projets… Nous parlerons avec notre ami des événements heureux ou malheureux, nous lui dirons nos pensées, celles qui nous font du bien ou celles qui nous font du tort, et nous converserons librement avec lui de toutes ces choses qu’on enseigne ou qu’on apprend.

Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle

Cet article ouvre une série de quatre consacrée à saint Aelred de Rievaulx. Prochain article : « Quand une amitié se rompt ».

Article rédigé par Trinity, remis en forme par Ume.

Sources

  1. Aelred de Rievaulx, De l’amitié spirituelle, dans Saint Aelred de Rievaulx, Éditions du Soleil levant, 1960, p. 168-170 et 178-187.
Une question qui reste ?

Posez-la sur le serveur Bethléem. Plus de 2 000 membres, et personne ne se moque de la question de départ.

Rejoindre le Discord
Secret Link