Miracles

La prophétie de saint François d’Assise sur l’enfant qui deviendrait pape

Par Ume 13 octobre 2026 3 min de lecture
Didier Descouens, Wikimedia Commons (Public domain)

Lors d’un séjour à Rome, où sa réputation de sainteté est déjà solidement établie à travers toute la péninsule italienne, François d’Assise (1181 ou 1182-1226) est invité par le grand aristocrate romain Matteo Rosso Orsini, dit le Grand, à bénir son dernier-né, un petit garçon nommé Jean Gaetan. François se montre particulièrement attentionné envers l’enfant qui lui est présenté, priant longuement à haute voix avant de le bénir d’un signe de croix.

Prenant l’enfant dans ses bras et le regardant avec une sorte de respect, François lui déclare : « Petit enfant, Dieu a de grandes vues sur vous. Un jour, vous serez son vicaire ici-bas et le chef de son Église. D’avance je vous recommande mon ordre et mes frères ; vous leur serez bienveillant, et je vous demande pour eux la protection du Siège Apostolique. » Cette parole se réalise en 1277, plus d’un demi-siècle après la mort de François, lorsque Jean Gaetan Orsini monte sur le trône de saint Pierre sous le nom de Nicolas III.

François d’Assise a été canonisé dès 1228 par le pape Grégoire IX, deux ans seulement après sa mort, sur la base de l’ensemble de sa vie et de sa réputation déjà immense de son vivant, plutôt que sur un fait miraculeux isolé. Cette prophétie particulière, rapportée par les premières biographies franciscaines composées peu après sa mort, présente la particularité rare de porter sur un événement vérifiable et effectivement survenu près d’un demi-siècle plus tard, ce qui en fait l’un des récits prophétiques les mieux datables de ce recueil, sans pour autant avoir fait l’objet d’un examen distinct de la part de l’Église.

Le pontificat de Nicolas III (1277-1280), quoique bref, se signale par une politique de réconciliation avec les puissances européennes et par une attention particulière portée aux ordres mendiants, dont il favorisa le développement à Rome même — un choix de gouvernement qui, avec le recul, semble donner une résonance particulière à la recommandation que François, selon la tradition, lui aurait confiée dès son berceau en faveur des frères mineurs. Devenu cardinal-diacre dès 1244 avant son élection pontificale, Jean Gaetan Orsini avait par ailleurs été, tout au long de sa carrière ecclésiastique, l’un des protecteurs les plus constants de l’ordre franciscain à la Curie romaine, ce qui laisse penser que le souvenir de cette bénédiction d’enfance, réelle ou reconstruite après coup, put nourrir une sympathie durable envers l’héritage spirituel de François.

Ce type de prophétie prêtée à un fondateur d’ordre au sujet d’une future élection pontificale n’est pas unique dans l’hagiographie médiévale : elle répond à un besoin propre à la littérature de fondation religieuse, qui cherche à ancrer la légitimité et l’avenir d’un institut naissant dans une protection déjà annoncée au sommet même de la hiérarchie ecclésiale, sans que cela permette de trancher avec certitude sur l’authenticité littérale des paroles rapportées plusieurs décennies après les faits.

Tradition, à recevoir avec prudenceTradition rapportée dans les biographies franciscaines anciennes, prophétie vérifiée par l’histoire

Article initialement publié par Vaohw sur le serveur Discord de l'association, remis en forme par Ume.

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